Chapitre XIV : En proie à la Malédiction
Assise, adossée à un pommier du grand jardin du Palais d'Athènes, Anju regardait les nuages noirs prendre peu à peu la place du soleil dans le ciel Grec.
Ses yeux redescendaient quelques fois pour détailler le jardin et le palais, qu'elle regardait rapidement, d'un oeil dédaigneux. La température était rapidement descendue, et un vent froid soufflait à présent. Toutefois, cela n'avait pas l'air d'avoir d'effet sur la petite fille, qui n'avait pas bougé depuis plus d'une heure.
Elle respirait rapidement, fortement et ses traits étaient tendus. Elle arborait un air fatigué, et parfois, son visage était déformé par la douleur intense.
Elle se prenait souvent la tête entre ses deux mains, comme pour tenter d'éradiquer le mal qui s'était invité dans son crâne. Des crises qui surgissaient maintenant plusieurs fois par jour, et qui étaient de plus en plus douloureuses.
Hécate l'aidait souvent dans ces moments-là, à l'aide de sa magie, pour atténuer cette douleur. Mais à présent, Anju la soupçonnait d'être à l'origine de ce mal. Aussi, aujourd'hui, elle avait pris la décision de la fuir, de ne pas se laisser faire.
Des flashs, des souvenirs, remontaient parfois en elle, des moments du passé dont elle n'avait jamais eu connaissance, ou qu'elle ne se remémorait pas. C'est à ces moments-là que les crises se déclenchaient.
Selon Hécate, ses pouvoirs de fondateurs étaient la cause de ce mal. Mais Anju en doutait de plus en plus. Ces souvenirs venaient d'elle. Elle était présente dans ces flashs. En aucun cas, ceux-ci ne pouvaient provenir du pouvoir des fondateurs. Enfin, c'est ce qu'elle pensait à présent.
Elle respira un grand coup, comme pour tenter de reprendre du terrain à la douleur qui avait envahit sa tête.
Elle sentit une goutte d'eau tomber sur son nez fin. Elle réalisa que le ciel était désormais obscur, que l'averse n'allait pas tarder à venir lui rendre visite.
Elle allait rester ici, comme si elle attendait que la mort vienne à elle. Mais elle le savait, ce jour n'était pas encore arrivé.
Que devait-elle faire ? Elle ne savait plus où elle en était. Et parfois, elle se demandait qui elle était vraiment. Ses souvenirs étaient altérés. Et elle n'aimait pas Hécate, qui s'occupait d'elle.
Elle préférait Hadès et Perséphone, qu'elle considérait parfois comme son père et sa mère. Après tout, elle n'avait plus vraiment de repère dans son esprit. Seul comptait l'annihilation des élémentaires et la protection des Grecs.
Pourquoi détruire les élémentaires ? Elle ne se souvenait même plus qui ils étaient. En dehors des informations qu'elle avait pu obtenir des Grecs et de leurs ouvrages.
Elle essaya de se détendre un peu, de respirer calmement. Elle ferma les yeux, comme pour s'évader de ce cauchemar.
"_ Anju ?" fit une voix douce et féminine.
La petite fille ouvrit les yeux et aperçut Perséphone devant elle.
Elle prit un air calme comme pour montrer qu'elle allait parfaitement bien.
"_ Hécate te cherche, fit la Déesse.
_ Je n'ai pas envie de la voir.
_ Elle ne veut que ton bien. Tu ne devrais pas être ainsi avec elle.
_ J'avais envie d'être seule."
Perséphone jeta un oeil au ciel noir et fit :
"_ Tu devrais rentrer au Palais. Il va pleuvoir.
_ Je viens de dire que je voulais être seule. La pluie ne me dérange guère.
_ Tu pourrais prendre froid.
_ Laisse-moi, s'il te plait."
La déesse soupira et fit :
"_ Tu crois pouvoir me tromper ? Tu crois que je ne vois pas à quel point tu souffres ? Tu crois que je peux rester là sans rien faire ?"
Anju baissa les yeux.
Difficilement, s'accrochant à l'arbre pour ne pas tomber, la petite fille se leva, les jambes tremblantes.
"_ Il y a des jours où je veux mourir, vraiment, rapidement. fit-elle faiblement. La douleur est... atroce. Je ne peux plus supporter ça."
D'un pas lent et non assuré, elle s'éloigna de Perséphone, traversant le jardin pour aller au Palais.
D'un regard triste, et les larmes aux yeux, Perséphone songea :
"_ Et moi, je ne supporte plus de te voir ainsi Anju. C'est trop difficile pour... une mère qui aurait voulu l'être. Cette malédiction est de jour de plus en plus terrible car tu luttes contre. Car tu es Anju, une fille avec une volonté extraordinaire et des pouvoirs défiant l'imagination. Combien de temps pourrais-je encore supporter de te voir ainsi... ? A cause... de ces guerre, à cause du Projet... à cause de mon rang de Déesse... cela doit continuer ainsi."
Elle baissa la tête, et ses larmes se mêlèrent à la pluie qui avait commencé à tomber.


